La société Beyond the Sea, basée en Gironde, est spécialisée dans la conception et la fabrication de kites géants pour tracter des navires de toutes tailles.
1. Avez-vous déjà fait des tests sur des voiliers, en combinant un kite avec un gréement classique, pour aller plus vite ?
Oui, nous avons déjà fait des tests réels en combinant kite et gréement classique, mais c’est un produit encore en développement. Nous allons faire, dès cet automne, en partenariat avec le laboratoire de mécanique de l’université de Montpellier, des tests comparatifs de performance avec des gréements seuls, puis des gréements combinés avec le kite, puis avec le kite seul.
2. Il y aura des essais en mer ?
Oui, ce sera un travail scientifique, mené en Méditerranée, à la Grande Motte. Nous ferons des relevés de performance en situation réelle, sur un type de bateau bien connu, un Pogo 2.
Avant les tests, nous organiserons une phase d'apprentissage pour l'équipage - tous des navigateurs professionnels, venus de la voile de plaisance. Nous allons les former à une technique différente de la voile classique. Ensuite, on pourra pousser la navigation à son maximum.
A Beyond-the-Sea, nous avons développé une solution très performante aux allures portantes, mais un peu moins performante au près, tandis que les voiles classiques sont plus performantes en remontant le vent. Les deux sont donc complémentaires.
3. Vous êtes les seuls à vous intéresser à cette combinaison « voile plus kite » ?
D’autres sociétés ont fait des travaux similaires, comme Syroco (à Marseille).
4. Allez-vous aussi faire des tests de kite sur des grands navires, type cargos à voile ?
En ce qui concerne la décarbonation du transport maritime, nous pensons que l'utilisation du SEA KITE (kite géant doté d’un système automatisé) sur des cargos, en combinaison avec d’autres solutions véliques, est techniquement possible. Par contre, on n'a pas encore fait de tests en grandeur nature, seulement des calculs sur ordinateur, des études de possibilités.
A ma connaissance, il n’y a pas eu d’essais en mer de kite sur des grands cargos à voile existants. Cela a été envisagé par différents bureaux d'études, et proposé à certains armateurs, mais je ne pense pas qu’il y ait de test en préparation.
5. Vos tests de kite sur les voiliers de plaisance ont-ils aussi un intérêt pour les cargos à voile ?
Les tests sur les voiliers de plaisance nous permettent d'avoir un retour d'expérience très rapide, alors que sur les cargos, ce serait long, ça demanderait plus de temps et d'argent.
Mais cela ne nous empêche pas de tester des kites de grandes dimensions, utilisables par la suite sur des grands navires. Sur le Mini 650, on aura un kite de 80m², et l’année prochaine, on fera des tests sur un IMOCA avec un kite de 500m².
Nous prouverons que c'est une solution viable et rentable, que la combinaison « gréement plus kite » apporte un vrai gain en performance par rapport au gréement seul. Cela dit, est-ce que ce sera vrai pour les cargos ? Ce n'est pas certain, car les contraintes opérationnelles sont très importantes, notamment l'automatisation, etc. Sur un cargo, les gars ne veulent pas trop se casser la tête à gérer tout ça. Pour eux, plus c'est presse-bouton et mieux c'est.
Donc, avec la cohabitation des deux systèmes, et l'automatisation des deux systèmes combinés, est-ce que le gain en performance réellement obtenu sera décisif dans le choix ? Nous, on pense que oui, mais ce n'est pas nous qui décidons, ce sont les armateurs. A nous de les convaincre.
Propos recueillis et édités par Yves Eudes
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